Posté le 14.06.2007 par zatyah
Meilleure pour l’environnement que pour la santé ?
Le désir de manger plus « sain » depuis les tragiques épisodes du veau aux hormones, de la vache folle et du poulet à la dioxine ainsi que le besoin de durabilité avaient poussé des consommateurs, notamment occidentaux, à se détourner des produits de l’agriculture industrielle, au profit de la filière « bio », développée, entre autres, dans les pays ACP. Depuis quelques années cependant, des chercheurs relèvent des angles aigus dans l’esquisse lisse et sans aspérités de ce mode de production…
Hugues Ahounou
L’agriculture biologique est un mode de production agricole exempt de produits chimiques de synthèse et soumis aux normes strictes d’organismes certificateurs sur le plan international. Elle est basée sur la gestion rationnelle de la fraction du sol, dans le respect des cycles biologiques et de l’environnement, tenant compte des connaissances en écologie pour une production de qualité, équilibrée, plus autonome, plus économe et non polluante. Ses fondements théoriques utilisent les notions de système (il ne s’agit pas de nourrir directement la plante, mais de fonctionner avec tout l’écosystème air-eau-sol-plantes- animaux sans le forcer) et de respect des éléments naturels (nourrir une vache avec de l’herbe, et non avec des concentrés contenant des sous-produits animaux; la terre est un milieu vivant que l’on «nourrit» par la pratique du compostage des matières organiques pour assurer sa fertilité). L’agriculture biologique met en avant le plan qualitatif dans son mode de production. Il ressort de la lecture de certains périodiques comme la revue l’Ecologiste que les rendements quantitatifs de la plupart des cultures biologiques sont légèrement inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. L’agriculture biologique généralisée entraînerait une légère baisse de la production agricole qui diminuerait l’excédent agricole européen et américain, au contraire, en Afrique, elle permettrait une hausse de la production agricole du fait de la meilleure prise en compte des éléments naturels et des réponses appropriées. Surtout, cela permettrait une garantie de durabilité de l’agriculture. L’agriculture conventionnelle ne serait, en effet, pas viable (économiquement, comme écologiquement) à long terme du fait de l’érosion des sols et des coûts indirects non pris en compte (frais de santé et dépollution par exemple) qui, s’ils sont pris en compte démontrent la pertinence de l’agriculture biologique.
La garantie d’une alimentation saine
Le docteur Antoine Nader (Docteur en médecine de l’université américaine de Beyrouth (Liban), docteur en sciences cognitives et en neurologie du M.I.T (Massachusetts Institute of Technology, aux Etats-Unis) : département d’endocrinologie, Harvard Medical School, Massachusetts General Hospital, Massachusetts Institute of Technology) a publié un article (Review of Scientific Research on the Importance of Growing Food Organically, and the Full Development of Nutrients by Allowing the Ripening Process of the Fruit to Take Place in the Tree Itself ) concernant l’importance, d’opter pour une alimentation saine basée sur l’agriculture biologique. Il y soutenait que « les travaux scientifi ques les plus récents montrent que les méthodes de production exercent une profonde influence sur la qualité et les composants de nos aliments ». Avant d’ajouter que « Les méthodes conventionnelles utilisées par l’agriculture industrielle sont basées sur l’usage des herbicides, insecticides, et fertilisants artificiels. On sait maintenant que ces méthodes privent les aliments de certains composants essentiels, tels que minéraux, oligo-éléments, chaînes carbonées des métabolites, etc. ». Et de conclure « Ces méthodes industrielles créent aussi des déséquilibres dans la composition des aliments, avec un trop plein de certains éléments, et une carence d’autres. Ces problèmes n’existent pas en production biologique ». Le docteur énumèrera les avantages de l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture conventionnelle. Il cite par exemple, l’Institut fédéral allemand de protection du consommateur, qui établit que « Les légumes de l’agriculture biologique contiennent davantage des minéraux et des micronutriments essentiels, en comparaison avec les légumes cultivés en agriculture conventionnelle » ; ou encore que « Les légumes de l’agriculture conventionnelle contiennent des quantités plus importantes de nitrates que les légumes issus de l’agriculture biologique. Ces nitrates se transforment en nitrites dans les voies digestives de l’être humain. Les nitrites se combinent avec les amines pour former des nitrosamines. On sait que les nitrosamines causent des cancers ». D’autres nuisances de l’agriculture conventionnelle seraient liées à l’utilisation du méthane, gaz à effet de serre, aux insecticides, herbicides et pesticides très nocives à la santé humaine. Mais aujourd’hui, des avis moins consensuels s’expriment.
Quelques bémols
Pour Céline Deluzarche (du magazine L’Internaute / « Sciences »), «Il ne faut pas confondre alimentation biologique et alimentation diététique » : le bio ne fait pas maigrir, par exemple. A l’en croire, il ne présente pas d’avantage majeur pour la santé ; des études auraient même démontré qu’il existerait des concentrations de mycotoxines anormalement élevées dans des pommes issues de l’agriculture biologique, qui n’a pas le droit d’utiliser des fongicides (la dangerosité n’est toutefois pas avérée, mais il faut savoir que les produits bio se conserveraient moins bien et moins longtemps que les produits traditionnels). Elle ajoute en revanche que «L’agriculture bio, qui n’a pas recours aux engrais, contribue à la préservation des sols et des eaux souterraines ». En résumé, affi rme-t-elle «achetez bio pour l’environnement et pas pour votre santé ». D’autres sources soulignent que le transport induit par l’import-export des produits bio ne correspond pas à l’objectif écologique de durabilité recherché. On retiendra cependant, qu’au-delà des divergences, tout le monde s’accorde sur le fait que l’agriculture biologique protège mieux l’environnement…
Posté le 14.06.2007 par zatyah
Plus qu’un simple élément accessoire et décoratif
Le bénin se prépare activement à célébrer la 23e journée nationale de l’arbre, le 1er juin prochain. Cette année encore, de nombreux plants seront mis en terre sous les projecteurs des caméras. Mais une fois les lumières éteintes, peu de concitoyens ont à coeur l’entretien de ces arbustes, qui flétrissent au soleil quand leur socle n’est pas transformé en urinoir public. Peu d’entre nous avons conscience que les espaces verts sont d’une importance vitale en ville…
Hugues Ahounou
L’arbre a toujours été indispensable à l’homme. Immobile et durable, il survit aux générations. Il fournit abri, nourriture, protection, matériaux et combustible. Tout cela, et plus encore, la forte impression que procure sa taille, son coté intemporel et pourtant bien vivant, explique sans doute la place particulière qu’il occupe, quelles que soient les civilisations, dans l’esprit humain. Des avantages tangibles qui se déclinent sur plusieurs tableaux.
Sur le bien-être de l’individu
L’augmentation de la température dans les villes par rapport à la campagne, la forte densité de surfaces réfléchissantes au sol et près des bâtiments, la présence de couloirs de vent créés par les hauts édifices, par les rues ou par les trous dans le tissu urbain, le faible taux d’humidité provoqué par l’insuffisance de plantations et de surfaces gazonnées indiquent l’importance, et même l’urgence d’introduire de la végétation en milieu urbain par la plantation d’arbres de rues et par la conservation et l’amélioration des espaces boisés urbains et périurbains existants. L’effet le plus évident produit par la végétation sur le micro-climat est l’ombre. L’arbre absorbe et réfléchit les radiations solaires de telle sorte que l’individu recherche l’ombre lors de journées ensoleillées et de grande chaleur. Certains arbres assurent une protection contre les radiations solaires pendant toute l’année. L’absorption par la végétation des radiations de grandes longueurs d’ondes provenant du soleil permet également aux arbres de réduire l’écart entre les températures diurnes et nocturnes. Sous un couvert d’arbres, les journées seront moins chaudes, tandis que les nuits seront moins fraîches. La végétation réduit la vitesse du vent en offrant une résistance au déplacement de l’air. Un écran dense formé de végétaux peut permettre de créer, derrière lui, une zone d’accalmie. La vélocité du vent peut être réduite de 50% sur une distance de 10 à 20 fois la hauteur de l’écran. Le degré de réduction sera fonction de la hauteur, de l’épaisseur et de la perméabilité des végétaux utilisés. Le couvert forestier intercepte également les précipitations, comme la pluie, et peut constituer une protection pour le promeneur.
Sur la qualité de l’air
La présence de massifs boisés contribue à réduire les poussières, les différents polluants chimiques et les germes microbiens. Les poussières sont d’origines diverses, de source industrielle, elles peuvent être le support de polluants chimiques. Elles proviennent de la circulation et de l’activité urbaine en général, et véhiculent alors les produits chimiques et les microbes pathogènes (nuisibles). Elles peuvent aussi être naturelles. Le feuillage permet un certain fi ltrage des poussières suivi d’un lessivage au sol lors du lavage par les pluies. L’effet de la végétation sur l’air pollué lui-même est très différent selon les cas; les polluants peuvent être absorbés et transformés par la végétation (l’anhydride sulfureux, le gaz carbonique et l’ozone) ou être absorbés et accumulés sans transformation par le végétal (fluor, plomb). Il faut aussi mentionner que la végétation pourrait avoir un rôle anti-microbien. Il est maintenant bien connu que le nombre de germes microbiens par m3 d’air est beaucoup moindre en forêt que dans une rue du centre de la ville. De plus, des chercheurs ont mis en évidence des substances à effet bactéricide émises par les feuilles de certains arbres...
Sur la qualité de l’eau
Les espaces verts et les végétaux d’une ville contribuent à absorber l’eau de pluie, par la percolation (entendez écoulement d’eau dans le sol, sous l’effet de la gravité) au niveau du sol et par les racines des arbres. En préservant les espaces verts, il est possible de réduire le volume des eaux de ruissellement, de protéger les sources d’eau et de prévenir ou du moins réduire les dommages occasionnés par des inondations. La présence d’espaces verts permet aussi de limiter la pollution des eaux de surface qui autrement couleraient sur des espaces pavés contenant des polluants comme le plomb et des déchets de toutes sortes. Ces eaux, drainées naturellement vers les cours d’eau ou captées par les égouts pluviaux, contribuent à la pollution de l’eau et à la disparition de la faune aquatique.
Sur la protection des sols
La végétation joue un rôle important pour la protection des sols contre l’érosion par l’eau et le vent. Laissés à nu, les espaces ouverts en milieu urbain peuvent se dégrader rapidement. L’absence de couvert végétal rend la surface du sol plus sensible à l’impact des gouttes d’eau et à la force du vent. Il peut s’ensuivre une dégradation de la structure du sol ou une perte de matériau (par ravinement, érosion par ruissellement, boues, vents de sable, etc.). Le problème est particulièrement important sur les sols en pente, les berges des rivières, les falaises, les collines et les talus. On aurait avantage à protéger les endroits fragiles en conservant la végétation ou en l’implantant là où elle est absente.
Sur la pollution causée par le bruit
Au cours des cinq dernières décennies, le niveau moyen de bruit a augmenté considérablement dans la plupart des municipalités. La présence de végétation peut remédier à l’inconfort provoqué par un niveau de bruit trop élevé. Les obstacles rencontrés peuvent absorber, réfl échir ou réfracter le bruit. La végétation, par ses feuilles plus ou moins poreuses, peut réduire le taux d’énergie sonore. Diverses études sur la création de zones tampons ont démontré qu’une bande de terrain boisé réduit le bruit de 6 à 8 décibels par 30 mètres. Cette atténuation est importante, si on retient qu’une atténuation de 12 décibels correspond à une diminution de la sensation sonore de l’ordre de 50%.
Un refuge pour la faune avienne et terrestre
Les superficies boisées servent également d’habitat à toute une faune terrestre et avienne. Leur rôle est donc considérable en milieu naturel et périurbain. L’observation de la faune, spécialement des oiseaux, représente un loisir de plus en plus fréquent. La présence d’espaces boisés, même parcellaires, permet à cette faune de subsister en milieu urbain. L’interaction entre des espaces bâtis et des espaces libres naturels peut aussi permettre de développer des lieux d’interprétation de la nature à proximité du réseau scolaire. Dans les municipalités (en zone urbaine et périurbaine), la majorité des espaces boisés sont situés sur des terrains moins propices à l’expansion du cadre bâti, tels que les zones de drainage lent, terres basses, berges de rivières, talus à fortes pentes et zones à affleurements rocheux mais offrant une grande diversité d’habitats. Ils jouent donc un rôle primordial dans l’équilibre des écosystèmes présents sur les territoires des municipalités.
Un élément architectural et esthétique
La végétation influence également le milieu urbain dans son expression physique. Elle améliore l’esthétique du paysage bâti, en créant un changement de texture, un contraste de couleur et de forme par rapport aux bâtiments adjacents. Aux abords d’un bâtiment ou d’une résidence bien aménagée, la végétation, arbres et arbustes, s’harmonisent aux éléments architecturaux et les mettent en valeur. La diversité des feuillages et la floraison de différentes espèces ajoutent une note importante parmi les masses bâties, trop souvent concentrées et entourées de vastes espaces de stationnement. La végétation, en milieu urbain et périurbain, aide à définir et à séparer les espaces extérieurs. En zone résidentielle ou dans des aménagements publics, la végétation assure le caractère privé de certains espaces. De plus, la conservation d’une bande boisée peut permettre d’isoler une zone résidentielle d’une voie routière importante ou d’une zone industrielle. Les plantations de rues servent de lien entre les divers espaces publics et les fonctions récréatives. Les plantations d’arbres d’espèces variées peuvent, par exemple, servir à identifier les parcs ou les corridors récréatifs. La ville devient alors un ensemble vivant et bien planifié.
Des équipements sociaux indispensables
Les espaces verts servent de lieux de récréation pour la détente, la promenade, le sport et l’interprétation de la nature. Leur fonction sociale provient du rôle qu’ils jouent, en facilitant l’accès au public pour ses activités de loisir et en favorisant les rencontres entre les citoyens. Or, les espaces libres en milieu municipal sont en nombre restreint. Les espaces boisés intéressants sont pour la plupart de petites superficies et peu accessibles. À proximité des résidences, ces espaces boisés ont un rôle important pour les loisirs spontanés.
L’éducation en matière d’environnement
Dans des sociétés de plus en plus préoccupées par le maintien de la qualité de l’environnement, il convient de développer un réseau d’interprétation de la nature pour les élèves et écoliers; les espaces boisés à proximité des écoles et des résidences représentent des lieux privilégiés de contact avec le milieu naturel. Protéger les arbres, c’est vital. En plantant chacun un arbre, nous contribuons au maintien de l’équilibre écologique. Un chiffre pour conclure : en ville, il faut 53 arbres par habitant pour purifi er l’air pollué!
(Bibliographie : Manuel de foresterie
urbaine. Collection Les Guides Verts, Direction du patrimoine écologique, MENVIQ, 1987).
Posté le 14.06.2007 par zatyah
Trancher le noeud gordien
La communauté internationale a célébré hier la 6ème journée mondiale contre le travail des enfants. Le Lycée Agricole Mèdji de Sékou (LAMS) a abrité les manifestations officielles pour le Bénin. L’occasion pour les observateurs à divers niveaux d'accentuer la sensibilisation sur les méfaits du travail dans l’agriculture sur l’épanouissement des plus jeunes.
Hugues Ahounou
132 millions d’enfants de 5 à 14 ans, c’est près des ¾ (70 %) des enfants dans le monde qui travailleraient dans l’agriculture selon le Programme international pour l’abolition du travail des enfants (Ipec). Ce chiffre fait du secteur agricole le plus grand employeur de mineurs, loin devant l’industrie ou le commerce. Au Bénin, le dernier Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph) de 2002, chiffre à 275 648 le nombre des travailleurs ruraux âgés de 6 à 14 ans. Soit plus de la moitié (57,4 %) de cette catégorie. On aurait ainsi affaire à une minorité sacrifi ée, privée d’éducation et bien plus vulnérable aux dangers inhérents aux travaux agricoles. Condamnés à d’intenses efforts physiques durant de longues heures de travail, ces enfants se voient exposés à divers types d’accidents du travail (Outils tranchants, chutes, véhicules agricoles…) souvent sous des températures extrêmes. D’autres part, la manipulation de produits chimiques potentiellement nocifs (engrais, pesticides toxiques…) est porteur de risques d’empoisonnements, de cancer, de problèmes cérébraux ou même d’altération des fonctions reproductrices masculines ou féminines futures. Ajoutons le péril lié à la promiscuité avec les animaux d’élevage en cas d’épizootie. Tous risques encourus en plus de la perturbation de la scolarité, aussi bien pour les garçons que pour les fi lles, font de l’agriculture, y compris dans les pays développés, le secteur d’activités qui pose le plus de problème. Le cas particulier des familles migrantes, des enfants qui sont censés travailler dans des exploitations pour nourrir le reste de la famille apparente le travail des mineurs dans l’agriculture à une traite des enfants. Soulignons cependant que toutes les tâches effectuées par les enfants dans l’agriculture ne leur sont pas forcément nuisibles ou être considérées comme devant être abolies, selon les dispositions de la convention 138 sur l’âge minimum ou la convention 182 sur les pires formes du travail des enfants de l’Organisation internationale du travail (Oit).
Posté le 14.06.2007 par zatyah
Requiem pour la Jacinthe…
La prolifération incontrôlée de la jacinthe (ou hyacinthe) d’eau demeure un écueil majeur à la pleine valorisation des eaux territoriales du Bénin, et ce depuis plusieurs décennies. A l’instar de la plupart des pays méditerranéens ou tropicaux, le Bénin n’est pas épargné par ce fléau aquatique récurrent, cauchemar des pêcheurs et autres usagers ou riverains des cours d’eau. Problème écologique aussi bien qu’économique et sanitaire d’envergure mondiale, maints procédés ont été déployés pour en venir à bout. Retour sur une plante initialement importée pour ses vertus ornementales…
Hugues Ahounou
Originaire de la cuvette Amazonienne et des grands lacs et marais de la région de Pantanal dans l'ouest du Brésil, la jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes aurait été introduite en Afrique en 1879 comme plante d’ornement. Au Bénin, sa présence aurait été notée pour la première fois en 1977 et ses premières apparitions sur les plans d’eaux remonteraient à 1982. Dans leur thèse intitulée « Stratégies de gestion durable des écosystèmes aquatiques en Afrique : le cas du complexe lac Nokoué-lagune de Porto-novo au Bénin », Emma-Christiane Leite et al. de l’université de Montréal apportent un éclaircissement intéressant. Ils expliquent en effet que « les parties fertiles de la plante auraient été jetées dans les ordures et comme celles-ci servent le plus souvent à colmater les bas-fonds, la plante s’était retrouvée dans un milieu favorable à sa germination et à son développement. Elle aurait alors envahi les cours d’eau à la faveur des eaux de ruissellement ».
Une des plus rapides croissances du règne végétal…
Aussi bien capable de se reproduire par voie sexuée que par voie asexuée, la jacinthe double sa population tous les 6 à 15 jours. Macrophyte (végétal aquatique visible à l’œil nu) dont les tiges peuvent grandir de 0.5 m à 1 m par jour dans certains sites d'Asie du sud-est, sa productivité a été évaluée à 400 graines / minute. Maturité atteinte en une vingtaine de jours, la dormance de ces graines peut encore être levée au bout de 15 ans. Ce qui signifie que quinze ans après leur production, les graines de jacinthe d’eau restent productives. Ajoutons la capacité qu’a la plante de se déplacer, ou plus précisément d’être poussée par le vent et le courant et on comprend aisément comment elle a pu envahir sur le lac Victoria (entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie) entre 1989 et 1998, 17374 hectares - soit 173,74 km2 - plus de deux fois la superficie de la circonscription urbaine de Cotonou (79 Km2) !
…Au service d’une capacité de nuisance exceptionnelle.
En l’absence de ses ennemis naturels (ses consommateurs comme le lamantin), la jacinthe d’eau se montre volontiers invasive. Elle forme rapidement des tapis flottants monospécifiques denses, capables de boucher canaux et ports ainsi que de bloquer les arrivées d’eau des centrales hydrauliques et les canalisations d’eau dans les villes. La plante provoque l’eutrophisation des eaux, c’est-à-dire l’accumulation de débris organiques dans les eaux stagnantes, provoquant leur pollution par désoxygénation. S’ensuit l’anoxie : les tapis flottants réduisent la nuit le niveau d'oxygène de l'eau à un taux insupportable pour de nombreuses espèces (plantes, amphibiens, batraciens) qui se retrouvent alors asphyxiées. Ainsi elle entraîne le déplacement de la flore et de la faune locale incapables de concurrencer et/ou de survivre, d’où la perte de la diversité des espèces. Par ailleurs, la jacinthe d’eau appauvrit les eaux en phytoplanctons diminuant ainsi les chances de forte productivité des eaux. En outre, lorsqu’elle meurt, elle libère dans le milieu tous les polluants qu’elle a eus à piéger. Le milieu aquatique devient très pollué. Des conséquences telles que la pollution atmosphérique par suite de la putréfaction et le comblement des fonds des vases en découlent. Elle augmente aussi les pertes en eau en favorisant l'évapotranspiration. D’autre part les tapis de jacinthe hébergent des vecteurs de maladies (bilharziose, choléra, paludisme) et des animaux dangereux (serpents venimeux). Inutile d’ajouter que le commerce et le tourisme sont fortement affectés et la pêche, fort perturbée par le blocage des hélices des barques et la destruction des filets.
Au Bénin, une lutte avant-gardiste
Dans le n°2 du volume 39 de la revue Entomophaga datant de 1994, Van Thielen R. et al. du projet Bénino-allemand pêche lagunaire signent un article qui fait le point de la situation. Intitulé “Importation, releases, and establishment of Neochetina spp. (Col.: Curculionidae) for the biological control of water hyacinth, Eichhornia crassipes (Lil: Pontederiaceae), in Benin, West Africa”, l’article relate une expérience de lutte biologique qui fera des émules. Les auteurs précisent que dix ans après son apparition au Bénin en 1977, la jacinthe était devenue la principale mauvaise herbe aquatique flottante dans le sud est, faisant obstacle à la fois au passage des bateaux et à la pêche. Elle se multiplie dans les eaux constamment douces des zones marécageuses supérieures de la rivière Sô et dans les affluents du fleuve Ouémé. De ces zones, elle est transportée par le vent et les courants vers les lagunes côtières. Ces lagunes sont remplies d'eau saumâtre durant la saison sèche et les jacinthes finissent par y mourir. Une expérience-pilote est menée par le projet dans le sud-Bénin, afin d’évaluer l’efficacité d’une lutte biologique contre la jacinthe à base de charançons, un de ses ennemis naturels. En 1991, une espèce de charançon originaire d'Amérique du Sud, Neochetina eichhornia, fut importée d'Australie au Bénin après une période de quarantaine en Grande-Bretagne. Cette première colonie souffrait d’une petite infestation du champignon nocif Beauveria bassiana qui fut éliminée avant le lâcher, par stérilisation des œufs et élevage d'une génération indemne de champignon. Entre la fin de 1991 et le milieu de 1993, environ 23.900 N. eichhorniae étaient lâchés dans 11 localités situées le long du fleuve Ouémé et en amont de la rivière Sô. Une surveillance régulière révélait des morsures faites par les adultes en se nourrissant sur les feuilles et des mines creusées par les larves dans les pétioles sur tous les sites de lâchers. En octobre 1993, N. eichhorniae s'était dispersé jusqu'à 20 km de certains points de lâcher. Une autre espèce, Neochetina bruchi fut importée en 1992. Au total près de 5.700 charançons ont été lâchés sur 6 sites depuis le milieu de 1992. On a retrouvé des descendants dans tous les sites sauf un. En dépit de l'effet négatif du courant aquatique, du vent, de la pénétration de l'eau salée, et de la destruction des jacinthes infestées par les pêcheurs, N. eichhorniae et N. bruchi se sont acclimatés au Bénin dans un biotope typique de la côte de l'Afrique de l'Ouest. Mais les résultats prometteurs obtenus au Bénin en 1993 servirent surtout en Afrique de l’Est, sur le lac Victoria qui fait vivre 25 millions de personnes, soit un tiers de la population totale de l’Ouganda, de la Tanzanie et du Kenya. En effet, les deux espèces de charançons furent importées depuis le Bénin par l’Organisation nationale de la recherche agricole (Naro) Ougandaise dès 1993. Mais c’est seulement en Janvier 1997 qu’une lutte biologique soutenue démarra sur le lac Victoria, avec des résultas probants. Dès 2001 en effet, les 17374 hectares de jacinthe avaient presque totalement été anéantis par les charançons. En Afrique de l’Ouest, un projet régional impliquant le Bénin, Mali, Niger et la Nigeria, a démarré en octobre 2000, pour effectuer entre autres, une formation en méthodes de surveillance de mauvaises herbes aquatiques et sur l'élevage des charançons Neochetina spp. et d'autres ennemis naturels de la jacinthe d'eau. Il visait aussi l'introduction d'agents de lutte biologique dans le pays et pour établir des unités d'élevage. Seulement, le programme une fois amorcé au Bénin, n’a pas évolué, faute de moyens.
Des possibilités de valorisation
A côté de ses nuisances, les usages de la jacinthe ne valent aujourd’hui pas mieux qu’une roupie de sansonnet. Pourtant, l’E. crassipes a été utilisé pour sa capacité à extraire certains éléments nutritifs et métaux lourds dans les boues des bassins de décantation de traitement des eaux usées. Au Kenya, on a expérimentalement utilisée la hyacinthe d'eau comme un engrais organique, cependant il y a quelques controverses comme les effets sur les sols, dû au pH très alcalin (valeur > 9). On n'y a aussi expérimenté l'usage de la fleur dans l'alimentation animale. Depuis la fin des années 1980, ces usages sont tombés en désuétude. Son seul usage est maintenant de nourrir les canards et de purifier les eaux polluées, exemple du centre Songhaï à Porto-Novo qui l’utilise pour recycler ses eaux usées.